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« Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum. » (Lc 1,50)

Nous célébrons aujourd’hui l'Assomption de la Vierge Marie au cours de l’année de la Miséricorde voulue par notre pape François. Peut-être qu'au premier regard nous ne sommes pas portés à nous réjouir surtout lorsque nous pensons au contexte actuel qui pourrait se résumer par quelques mots : violence, attentats meurtriers à répétition, conflit armé au Moyen-Orient qui semble ne devoir jamais s'arrêter et dans lequel -ne l'oublions pas- nos frères et sœurs chrétiens payent un lourd tribut depuis plusieurs années-.

Pourtant, nous sommes là aujourd'hui pour l'Assomption de la Vierge Marie et c'est bien. Que nous disent les lectures bibliques que nous venons d'entendre ?

Elles nous offrent un portrait de la Vierge splendide et pourtant réaliste et même prometteur pour nous.

 

1-La femme de l'Apocalypse (Ap 12,1-10) dans laquelle nous reconnaissons aisément Marie, si elle est couronnée d'étoiles (il y en a douze comme sur le drapeau de l'Europe…), n'en est pas moins malmenée en donnant naissance à son fils Jésus et tous deux sont poursuivis par le dragon symbole fort des puissances du mal qui se déchaînent contre le prince de la paix (cf. Is 9,5) et celle qui l'a enfanté. Marie n'est-elle pas l'image de l’Église qui sans cesse enfante des enfants de Dieu se donnant au Christ et qui dans les tribulations sont sans cesse affrontés aux puissances du mal que le Christ a pourtant déjà soumises par sa mort et sa résurrection.

 

La première lettre aux Corinthiens (1 Co 15,20-27) aborde précisément ce sujet de la résurrection du Christ et de « ceux qui lui appartiennent » (cf. 1 Co 15,23). L'ensemble du chapitre 15 de cette lettre de Saint Paul traite de la résurrection du Seigneur et de la nôtre : les premiers chrétiens tout comme nous étaient inquiets du sort de nos défunts par-delà leur mort. A moins d'être vraiment insouciants et sans question, il me semble qu'il y a là une interrogation légitime et qui prend tout son sens dans une  période comme celle que nous traversons. En tous les cas, depuis des temps immémoriaux, nos pères dans la foi ont estimé que la Vierge Marie, la Théotokos, comme disent nos frères orientaux, c'est-à-dire celle « qui a enfanté Dieu », la Mère de Dieu (Mater Dei) comme nous le disons en Occident, était en tête de la procession des ressuscités à la suite du « premier-né d'entre les morts » (Col 1,18) – le Christ- lui-même. Et l'Assomption célèbre donc la montée de Marie en son corps et son âme au Ciel près du Ressuscité. Elle est désormais la tête de pont de ce grand cortège des saints et saintes, mais aussi des fidèles du Christ en pèlerinage sur la terre aspirant à entrer en pleine communion avec le Seigneur par-delà notre vie terrestre. On peut dire que ce qui nous est promis à la fin de l'Histoire au retour du Christ pour le jugement, Marie en bénéficie déjà elle qui est si proche du Seigneur Jésus qu'elle a attendu, porté, enfanté, élevé et accompagné parfaitement. Elle qui nous est si proche aussi en partageant notre humanité fragile  marquée par la mort et pourtant si prometteuse et appelée à donner le meilleur d'elle-même.

 

2-Et l’Évangile de ce jour ? Vous le connaissez : c'est ce que l'on appelle le «Magnificat »: il s'agit de la prière qui monte spontanément sur les lèvres de Marie en présence de sa cousine Élisabeth qu'elle vient visiter (Lc 1,39-56). Prière pétrie par celle des anciens d’Israël puisqu'elle doit beaucoup au cantique d'Anne de l'Ancien Testament (cf. 1 S 2,1-10). Et nous, par quoi est pétrie notre prière ? Qui nous a appris à prier ? Les paroles bibliques apprises par cœur et redites avec cœur nous aident-elles ? Si cette prière de Marie est devenue prière de toute l’Église en marche (elle est redite chaque soir dans l'office de vêpres) est d'abord une prière de louange et d'action de grâce que Marie « pleine de grâce » (cf. Lc 1,28) prononce spontanément en reconnaissant l’œuvre de Dieu en elle, elle s'élargit à l'humanité entière avec ce verset en plein milieu :

« Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1,50)

 

La traduction précédente de notre lectionnaire - que nous avons entendue durant des années - avait préféré : « Son amour s'étend d'âge en âge... » Pourtant il y a bien plus que de l'amour… mot si souvent galvaudé dans la langue française…

Marie comprend que la miséricorde de Dieu - qui n'est autre que son immense amour absolument fidèle pour l'humanité empêtrée dans ses contradictions et ses violences - se propose malgré tout non seulement à elle, mais aussi à tous ceux qui avec foi et respect (c'est cela « craindre Dieu ») veulent bien accueillir le prince de la Paix, Jésus. Alors, elle le chante, elle le clame, elle le crie à gorge déployée. La Vierge marie reconnaissante devient évangélisatrice : Marie est bien la « mère de la miséricorde » puisqu’elle porte le Dieu miséricordieux et nous entraîne dans son sillage. Oui, elle appartient à Dieu qu'elle a si bien accueilli dans sa vie. Dès lors, elle peut être aussi pour nous une vraie mère spirituelle !

 

3-Frères et sœurs, Marie a porté son Seigneur partout où elle est allée en ne le perdant jamais de vue.

Au milieu des attentats, des violences, des guerres ou des petites violences feutrées qui encombrent tellement notre quotidien, ne la perdons pas de vue nous aussi !

Oui, l'humble servante qui n'est pas pour autant un personnage secondaire de l’Évangile -bien au contraire- est couronnée dans son Assomption.

Il n'y a point de dopage en elle, mais des mains simplement ouvertes à la grâce.

Il n'y a point d'orgueil en elle, mais de l'écoute et de la méditation en gardant en son cœur la parole d’Évangile de son fils, Jésus.

Ô Marie conçue sans péché, ô Marie couronnée après une vie au service de votre fils et de vos proches, priez pour nous qui avons recours à vous !

Montrez-nous la force et la détermination puisées dans l’Évangile et qui vous ont permis d'affronter l'épreuve de la croix.

En ce jour nous nous tournons simplement vers vous, la meilleure des disciples du Christ, pour que nous qui sommes ici en France disciples du Christ nous soyons toujours inspirés par vous sur notre chemin de chrétiens !

Amen.

Père Stéphane AULARD

P Stéphane Aulard