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Pour ce dimanche des vocations, l'homèlie du Père Masquelier, un tout jeune prêtre de 36 ans, ordonné en 2012.

Nous le remercions de nous avoir autorisé à reproduire son sermon, entendu à Paris. 

 

Trois semaines après Pâques nous entendons l’évangile « du bon Pasteur ». Dieu, en Jésus, se présente à nous comme un berger qui conduit un troupeau.

L’Ancien Testament est rempli de ces images, dites « pastorales », qui deviennent plus difficiles à comprendre pour nous qui habitons les villes, nous qui avons un peu perdu le contact avec la nature et la sagesse de la terre. Mais nous pouvons faire un effort et imaginer que le meilleur berger est à la fois attentif à l’ensemble du troupeau et aux brebis isolées. On se souvient de la parabole des cent brebis. Le berger conduit le troupeau mais il va chercher une seule brebis égarée. Jésus, notre bon pasteur, est capable d’être attentif à tous et à chacun, à chaque personne en particulier. Voici notre foi : Dieu conduit l’Histoire avec un grand « H » et il arrive aussi à conduire, à former et à recréer inlassablement chaque individu, en son histoire propre avec un petit « h ».

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N’ayons donc pas peur de parler à Dieu et de Le solliciter, Il apprécie cela. Il semble occupé à conduire l’histoire du monde, mais Il a du temps et un temps infini pour s’occuper de nous. Tant de gens se disent : « je ne Lui parle pas de mes petits problèmes, car Il en a de plus gros avec d’autres », « Il ne doit pas avoir le temps pour mes petits soucis ». Nous plaquons nos modes de fonctionnement, nos stress quotidiens sur Dieu. Lui a tout son temps, car Il est maître du temps et de l’espace. Parlons donc à Dieu et écoutons sa voix, pour ne pas oublier la voix du berger, pour la reconnaître dans la cacophonie ambiante. « Mes brebis écoutent ma voix ». Savons-nous écouter le bon Berger, écouter sa voix par la prière ou la lecture quotidienne de la Parole de Dieu ?

La figure de bon pasteur est de plus en plus difficile à accueillir pour notre société libertaire et individualiste. La comparaison entre les cathos et les moutons n’est pas élogieuse. Pourquoi donc nous confier à un berger ? Pourquoi donner une partie des commandes de notre vie à un pasteur ? Ne sommes-nous pas indépendants ? N’avons-nous pas le désir d’être autonomes ?

Disons d’abord que ce berger, très particulier, s’est fait lui-même brebis, et plus précisément agneau. En effet, le Christ n’est pas un Dieu éloigné des hommes, ce n’est pas un Pasteur étranger à la condition de brebis. Lui-même s’est fait homme et brebis, lui-même qui était Dieu a obéi en tant qu’homme à Dieu son Père. Quel roi à voulu à ce point (alors qu’il n’y était pas obligé) prendre la condition de sujet ? Quel homme politique a voulu prendre à ce point la condition de l’électeur ? Lui, immortel, a voulu connaître et assumer notre condition jusqu’à mourir. Le pasteur est devenu brebis.

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Ensuite ce berger si particulier donne sa vie pour ses brebis, et sa vie est peu commune, à savoir la vie éternelle. Nous le savons, mais il est bien de le dire à nouveau : la vie éternelle est initiée en nous par le baptême. Non nous ne sommes pas fait pour le temporel, ni pour la mort. Dieu, le bon pasteur « essuiera toutes larmes de nos yeux ». Nous sommes fait pour la joie et la joie la plus grande, pour ce ciel décrit dans l’apocalypse, ciel de fête, de processions bigarrées de toutes nations, de robes blanches, de palmes colorées, de cymbales et de trompettes.

Ensuite, le Christ qui donne sa vie ne fait pas de nous des moutons de Panurge. Jésus par son sacrifice nous redresse et nous rend libres par rapport à l’esprit du monde, par rapport à la mode et par rapport à la pensée unique. Nous sentons bien que l’Evangile, relayé par le pape, les prêtres et les chrétiens nous dérange et nous oblige à penser et repenser notre mode de vie, à juger la société, à discerner ce que l’on veut réellement et à refuser ce que l’on risque de subir. L’Evangile est pour nous une vraie matière à réflexion et nous pousse sans cesse à l’action, il nous sollicite et nous empêche de nous endormir. En un mot, l’Evangile nous rend plus libres. Nous avons tant de dépendances physiques psychologiques et intellectuelles. Penser seul et vivre indépendants est impossible, c’est une chimère qui de surcroit nous rend malheureux. Le bonheur dans l’isolement n’existe pas. L’indépendance totale n’est ni possible ni enviable. La libération ne consiste donc pas à ne plus dépendre de personne, mais à dépendre uniquement de ceux qui nous font grandir. Les enfants ont bien compris cela, ils acceptent de dépendre de parents et d’éducateurs qui leur offrent l’amour et la confiance dont ils ont besoin. Voila l’esprit d’enfance de l’Evangile : renoncer aux dépendances qui m’abaissent, et savoir joyeusement dépendre de celui qui m’élève. Réfléchissons bien à cela, le bonheur n’est pas dans l’indépendance, mais dans l’attachement à ceux et Celui qui nous tire vers le haut.

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« Le Père et moi nous sommes un ». Jésus lui-même reconnais sa dépendance viscérale d’amour au Père et Il en jubile. Le vrai Dieu trinitaire est en Lui-même toute-puissance et sainte dépendance, Il est unité et dialogue d’amour. La Trinité est l’expression même de la chaîne d’amour, du lien qui attache et libère en même temps. Plus vous serez chrétiens, plus vous serez attaché à la croix, plus vous écouterez la voix du Pasteur et plus vous serez libres en profondeur.

Enfin, Le bon pasteur nous appelle à Le suivre comme brebis, c'est-à-dire à se laisser conduire, mais aussi comme pasteur, dans la charge de conduire. Comme prêtre, bien sûr, mais aussi comme parent, patron, professeur, catéchiste, chef d’équipe, aîné de fratrie, responsable de grandes ou de très petites choses. Le bon Pasteur a tant aimé les hommes qu’Il souhaite conduire les hommes par les hommes. Dieu se fait homme en Jésus et, ultimement, Il rencontre les hommes par l’intermédiaire d’autres hommes dans le grand mystère de l’Eglise.

Les prêtres vivent spécialement cette réalité de brebis devenue pasteur. D’être des instruments humains que Dieu a choisi pour transmettre, enseigner, bénir, guider. En ces temps sombres nous apprenons que certains prêtres sont des criminels et ont commis - souvent il y a plusieurs dizaine d’années – des actes insoutenables. Nous pouvons bien nous plaindre des attaques dirigées contre un évêque en particulier ou de l’inégalité du traitement médiatique, nous savons qu’il y a bien plus de cas dans d’autres institutions que dans l’Eglise et le premier lieu des crimes pédophiles est bien évidemment la famille. Mais il n’en reste pas moins que cette inégalité de traitement n’est que le revers négatif de l’admiration – consciente ou inconsciente – du monde contemporain pour les prêtres. Un crime, une trahison est beaucoup plus grave pour un prêtre. Et je suis bien d’accord. Il ne faut pas hausser des épaules en disant : « les prêtres sont comme les autres, la pédophilie est partout ». Non, il est parfaitement juste de se scandaliser tout spécialement pour un prêtre. Ce n’est pas un homme comme les autres. On lui fait davantage confiance, on lui livre souvent les secrets de l’âme, on le désigne aux enfants comme maître, à tous comme père, il est signe du Christ. Certes, nous voyons que tant de gens vivent dans l’impunité, tant de stars, de philosophes et d’hommes politiques qui sont connus et identifiés comme pédophilies sans êtres ennuyés. Mais l’Eglise du Christ ne peut pas et ne doit pas vivre dans l’impunité, doit payer ses crimes lourdement. L’Eglise, elle, sait bien qu’il faut passer par la croix, que le jugement divin ne détruit pas, mais sauve. Ce jugement tendre et terrible du Seigneur, ne sauve pas en acceptant le péché et surtout pas en le niant. Non, le jugement amoureux de Dieu sauve en arrachant au péché. C’est la tendre violence divine : trancher le lien, arracher à la mort, brûler au brasier de l’amour, monter sur la Croix. Nous ne sortirons pas indemnes du péché, nous sortirons sauvés du péché.

Merci aux prêtres

Pourtant, en ce dimanche du bon Pasteur, en ce dimanche spécial de prière pour les vocations, je vous redis mon bonheur d’être prêtre. Le trouble actuel de l’image du sacerdoce m’affecte profondément mais sans me faire vaciller. Il faut dire quelques mots de la quasi-totalité des prêtres qui travaillent dans l’ombre, qui font avancer le royaume, qui se livrent sans compter pour leurs ouailles. On ne parle pas souvent à France info du cortège des saints prêtres qui ont béni et continuent de bénir notre beau pays.

Pour ma part, je suis encore et toujours fier d’être, comme le disait le cardinal Ratzinger, « serviteur de votre joie », instrument de la présence de Dieu qui aime et sauve, ici et maintenant. Quel bonheur de prêter mes mains à Dieu pour vous bénir, de prêter mes paroles au Christ pour dire « ceci est moncorps » pour dire « je te pardonne tous tes péchés », de livrer mon être tout entier pour être modestement un signe de l’amour de Dieu pour vous. Je suis fan de mon métier, qui est bien davantage qu’un métier. C’est la plus belle vie que l’on puisse avoir. Je suis jeune, plus jeune et moins sage que beaucoup d’entre vous, je suis pourtant heureux d’être placé par le Seigneur comme votre pasteur, comme humble reflet du Christ Berger. Si j’avais cent vies, je referai cent fois ce choix. Si l’Eglise était plus entachée encore par les fautes de certains qu’elle n’est, je referai mille fois ce choix. Etre tout à la fois pasteur et brebis est le comble de la vocation, le sommet d’une vie humaine.

Ce bonheur de prêtre que je vis, je le souhaite à beaucoup d’entre vous qui êtes des jeunes hommes chrétiens et qui m’écoutez ce matin. Rien de plus beau que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. Chers amis, si vous sentez cet appel, ne fermez pas votre cœur, il y a peut être une joie immense que le Christ vous prépare, un bonheur plein, durable, un sens ultime à votre vie, une manière spéciale et magnifique de ressembler, malgré le péché, la fatigue et les contradictions, à notre Seigneur Jésus.

Marie Mère des prêtres

Je vous demande à tous de prier pour les prêtres et de prier pour moi, que notre ministère soit fécond et répandre la tendresse et la sainteté divine dans ce monde. Je vous demande d’aimer les prêtres et surtout de désirer de nouveaux prêtres. Des jeunes gens se lèveront pour servir le Christ dans le sacerdoce parce que nous prions ardemment et parce que c’est la joie immense que nous souhaitons pour nos fils, pour nos frères et pour nos amis.

 

Père Etienne Masquelier

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