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Nos médias en France ont énormément parlé du Synode sur la famille en se focalisant particulièrement sur tout ce qui pouvait faire polémique.

C'est pourquoi les Associations Familiales Catholiques du Val de Marne et la Pastorale familiale avaient invité, un spécialiste, Mgr Tony Anatrella, à venir en présence de Mgr Santier, dans la cathédrale Notre Dame de Créteil, présenter objectivement l'état de la réflexion des pères synodaux et les perspectives d'avenir.

Mgr Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, enseignant à l'IPC et au Collège des Bernardins, et professeur dans le Master Sexualité et fertilité de l'Institut Jean-Paul II (Rome) Et surtout, il a participé comme expert auprès du Synode extraordinaire sur la famille

Nous étions donc une bonne centaine ce vendredi 4 décembre à braver les embouteillages de fin de semaine et l'état d'urgence, pour écouter Mgr Anatrella dont nous vous reprenons les propos :

 

PRESENTATION DU SYNODE

« Comme souvent, les médias ont abordé le Synode en termes politiques : ce n’est pas le bon angle. Dans l’Église, à l’inverse d’un parti politique, il ne s’agit pas de défendre des opinions contre d’autres opinions. Nous ne sommes pas sur ce registre, mais plutôt sur celui de savoir comment rejoindre ensemble à la lumière de l’Évangile le sens de la vie familiale voulu par Dieu.

Ce Synode a d'ailleurs été marqué par la richesse des échanges et, une fois de plus, par la découverte des réalités culturelles diverses en fonction des aires géographiques de la plupart des Pères synodaux. les débats ont parfois pu être vifs sans pour autant tourner au pugilat. Ils ont surtout été vécus dans un climat fraternel et dans la joie de travailler ensemble ; ce qui est rare dans le cadre d’une institution internationale.

Face aux difficultés contemporaines, l’Église siégeant en Synode a cherché à se mettre à l’unisson de ce qu’il convient de penser pour mieux éclairer et accompagner nos contemporains. En ce sens, personne n’a gagné si ce n’est, comme l’a dit le Saint-Père, le sens de la famille de toujours, créée par un homme et une femme. Il n’y a pas des familles mais des personnes engagées dans diverses situations que l’Église entend accompagner comme c’est déjà le cas.

Face à des situations singulières ou irrégulières, un observateur du synode a dit : « Lorsque nous rencontrons des personnes en situation irrégulière, nous devons leur dire : Dieu t’aime comme tu es. Mais il ne veut pas que tu restes comme tu es. »

À vouloir ainsi mettre de la famille dans toutes les formes de regroupement affectif, elle finit par être nulle part.

 

 

LA RELATIO SYNODI

Au terme de la dernière assemblée, les Pères synodaux ont adopté la Relatio synodi,  un texte qui vient clore leurs débats et échanges sur « La vocation et la mission de la famille dans l'Église et le monde contemporain ». Ce texte final a été remis au pape François après avoir été adopté par les 265 votants.

Il s’agit d’un texte de synthèse sur les échanges entre les Pères sur lequel le Pape aura à travailler pour rédiger son Exhortation apostolique qui sera publiée dans quelques mois. Un Synode, faut-il le rappeler, est consultatif et il ne décide de rien. C’est au Saint-Père de prendre, s’il y a lieu, des décisions et de donner les orientations qu'il retient pour l'Eglise Pour l’instant, nous devons nous en tenir aux exigences constantes de l’enseignement de l’Église que le Pape ne changera pas. Il l’a dit et répété.

 

Ce texte comporte trois grandes parties : L'Église à l'écoute de la famille ; La famille dans le plan de Dieu ; La mission de la famille..

 

Dans la première partie sur l’Eglise à l’écoute de la famille, la Relatio synodi finale pose un regard sur les différentes situations dans lesquelles se trouvent des personnes. Elle insiste avec raison sur le sens de l’accueil de chaque personne quel que soit l’état dans lequel elle se trouve. Entendons-nous bien, ce sont les personnes qui sont l’objet de la pastorale et non pas des situations singulières, même légales, que nous aurions à valider alors qu’elles sont contraires au sens de la famille. Il est bien que cela soit dit pour rappeler que c’est ainsi que la plupart des prêtres se situent et accueillent les personnes.

Mariage heureux

Le texte souligne également un fait important relatif au refus ou tout simplement à l’ignorance du mariage chez de nombreuses personnes vivant en concubinage. Ils sont bien ainsi et ne voient pas ce que le mariage pourrait leur apporter. Ils peuvent être fidèles l’un à l’autre ou décider de se séparer sans que cela ne leur pose trop de problèmes. Comment dans ces situations leur proposer les bienfaits du mariage et du mariage chrétien ?

On le comprend, l’enjeu est ici considérable et aurait encore besoin d’être approfondi afin de comprendre plus précisément ce qui se passe dans la société et dans le monde à ce sujet. Pourquoi des jeunes refusent-ils de s’engager affectivement de façon durable dans leur histoire personnelle ? Les réponses existent et sont nombreuses à commencer par celle d’une politique et d’une société qui ne soutiennent ni le mariage, ni la famille.

 

Dans la seconde partie, la famille dans le dessein de Dieu est présentée et souligne tout l’intérêt que représente la cellule de base de la société constituée, faut-il le préciser, par un homme et une femme.

Ensuite plusieurs thèmes sont développés comme celui du mariage indissoluble vécu dans la fidélité, le lien entre la sexualité unitive et procréative dans le mariage avec le rappel de l’enseignement d’Humanae vitae, la liberté éducative de la part des parents, le devoir de respecter la vie. Tout ce chapitre est riche des enseignements de l’Ecriture et de la pensée du Magistère

Si l’expérience familiale peut être variable selon les cultures, il n’en reste pas moins vrai qu’elle se développe universellement autour du couple formé par un homme et une femme. Cet invariant humain et ces deux figures sont les seules à constituer un couple et une famille malgré la pression médiatique et politique qui laisse entendre que d’autres formes de vie familiale peuvent exister. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle ! C’est pourquoi, à juste raison, plusieurs Pères ont souligné la nécessité de parler de LA famille et non pas DES familles en reprenant des catégories inventées par des sociologues qui sont actuellement substantialisées telles que : famille monoparentale, famille recomposée ou encore la pire des formules : famille homoparentale

Au nom de l’égalité, on confond ces cellules socio-affectives de toutes sortes avec la famille;

 

Dans la troisième partie, la mission de la famille diverses préoccupations pastorales dans  les « situations irrégulières» avec quelques

Famille chrétienne

suggestions possibles sont abordées mais surtout est redit l'importance de l'accompagnement des personnes en vue du mariage et leur suivi afin qu'elles puissent s'approcher au mieux de la vie chrétienne et du sens de la vie conjugale et familiale. Le Synode a surtout encouragé les couples mariés et les familles à poursuivre leur engagement avec générosité car ils sont les principaux acteurs du lien social et témoins de ce que représente le mariage.

La question de l’homosexualité est évoquée brièvement, uniquement sous l’angle familial, lorsqu’un membre révèle cette tendance. La question est complexe dans le cadre de la famille, notamment lorsqu’un fils ou une fille se trouve concerné ou encore, autre cas de figure, lorsque l’époux ou l’épouse se déclare ainsi et quitte son conjoint pour aller vivre son homosexualité. Les Pères du Synode ont rappelé l’enseignement de l’Église à ce sujet et ce que la Congrégation pour la Doctrine de la foi ne cessait de dire dans ses notes depuis des années en affirmant qu’il faut éviter « les discriminations injustes » ; ce qui ne veut pas dire que les comportements et les pratiques sont reconnus par l’Église, et que les familles n’aient rien à dire face à des situations ou à des attitudes qu’elles ne peuvent pas accepter. Nous aurions tort de culpabiliser les familles à ce sujet. Ces comportements continuent à être qualifiés « d’intrinsèquement désordonnés » et encore davantage chez des catholiques qui se « marient » civilement. Et pour éviter les confusions sexuelles de l’époque actuelle, le Synode affirme « qu’il n'y a aucun fondement pour établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage ». Ce qui est une réponse à certains théologiens qui envisageaient la possibilité d’une bénédiction pour des duos de même sexe

Un des risques du « mariage » entre personnes de même sexe est de le banaliser jusque dans les médias catholiques et dans la mentalité de divers chrétiens qui en parlent à présent comme s’il correspondait à une réalité authentique.

La question des divorcés remariés civilement est évoquée sans être majeure comme ce fut le cas l’an passé. L’indissolubilité du mariage est non-négociable et c’est à la lumière de cette réalité fondamentale d’origine christique que l’on doit réfléchir à leur situation. Ce n’est pas un problème entre « conservateurs » et « libéraux », mais une question structurelle qui concerne le sacrement de mariage

Ils n’ont pas à être « réintégrés » socialement, ils font déjà partie de l’Église et ils n’ont pas été excommuniés. Ce qui est en question se joue dans le sacrement de mariage dans lequel ils se sont engagész lors d’une précédente union avec et au nom de leur relation au Christ qui est indissoluble.

Mariage difficultés

Le recours à une procédure canonique en nullité est tout à fait possible. L’enquête et le jugement du tribunal qui s’ensuivent portent sur la validité juridique du consentement de l’engagement de cet homme et de cette femme. Des raisons d’immaturité affective, de faiblesse du discernement, un manque réel d’adhésion au Christ et aux exigences du mariage peuvent être autant de causes d’un mariage invalide. En revanche, selon les Pères synodaux, il reste à explorer, comme le suggérait aussi bien saint Jean-Paul II (Familiaris Consortio) que Benoît XVI, des pistes qui relèvent du discernement intérieur qu’un baptisé, bien enraciné dans sa foi au Christ, peut faire avec un prêtre, au cas par cas, sur sa situation et ce qu’il convient de faire ou pas.

La plupart de ceux qui décident de divorcer le font pour diverses raisons et notamment pour des incompatibilités profondes ou des évolutions psychologiques divergentes, surtout chez des personnes qui se sont mariées très jeunes. Des divorces qui peuvent se comprendre et que l’Église accepte. Le problème se pose lorsqu’il y a un nouveau mariage. Ils sont pour l’Église dans une situation irrégulière parce que leur état est contraire à l’ontologie des sacrements. L’ontologie du sacrement repose sur l’incarnation du Christ lorsque le Verbe de Dieu lie le corps, la parole et l’institutionnel au sein d’un signe visible le représentant efficacement ; et ce au cœur d’une relation avec Lui au sein de son Église. Et, en ce sens, elle est dite indissoluble jusqu’au moment où la preuve de l’invalidité d’un lien contracté en son nom est prouvée. Il ne s’agit donc pas d’un rejet, d’une exclusion, d’une faute mais d’une situation incompatible avec la vie sacramentelle.

La Relatio synodi envisage que soient traités par les Conférences des Évêques de chaque pays ou aire culturelle, les problèmes posés par la situation des divorcés remariés. Il est proposé d’envisager dans chaque diocèse « des parcours de discernement et d’implication de ces personnes, pour aider et encourager la maturation d’un choix conscient et cohérent ». Le texte évoque quelques critères sans préciser davantage et sans évoquer la réception des sacrements. À aucun moment le texte n’évoque l’hypothèse que ce discernement prépare à la réception des sacrements.

 

EN CONCLUSION

De très nombreuses questions ont été posées par écrit pendant la conférence. Malheureusement le temps nous a manqué pour que Mgr Anatrella réponde à toutes.

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Qu'est que le queer ?

Une personne a signalé que sur le site vigi-gender on trouve tout un livret présentant l'idéologie du genre et ses dangers.

Quelle différence entre la parenté et la parentalité ?

Qu'est-ce exactement que le « for interne » ? Comment le situer par rapport à la valeur universelle et objective des commandements ?

La reconnaissance de nullité est-elle un divorce de l’Église ? Quelles sont les nouvelles normes, démarches ?

Quel accueil pour les personnes à tendance homosexuelle ?

Comment aider nos enfants à devenir vraiment adultes et non « adulescents » ?

Le Pape François, reprenant l’Exhortation apostolique Familiaris Consortio, souhaite, comme tous les prêtres d’ailleurs, que l’Église soit attentive à la vie des gens. Certes, il ne s’agit pas d’accueillir pour justifier ce qui se fait et se vit, mais pour être témoin au nom de l’Évangile d’un autre chemin de croissance dans la vie conjugale et familiale. Il convient donc bien ici, pour reprendre les mots clefs du Synode, d’écouter, d’accompagner et de discerner toujours en vue du bien pour la personne selon les normes objectives en matière sacramentelle, voire, dans certains cas, morales

Le Synode a redit que la conscience personnelle ne peut pas s’exonérer de la loi morale, mais a surtout encouragé les couples mariés et les familles à poursuivre leur engagement avec générosité car ils sont les principaux acteurs du lien social et témoins de ce que représente le mariage »